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2014-01-07T17:38:28+01:00

Concert du nouvel an ( Dreikönigstorte)

Publié par montanié julie

Le 31 décembre, comme je me hâtais seule à pied un peu avant vingt heures vers l'auditorium ( pour éviter de perdre deux billets achetés par P. en octobre pour cette occasion), j'ai croisé un jeune homme sous un pont où passe le TGV.

S'appelait-il Melchior, Gaspard ou Balthazar? Avait-il déjà bu mais pas encore mangé? En tout cas, il n'a pas compté ses invectives. A dix mètres de distance, il m'a traité de c... sse, de s...pe, a hurlé qu'il ne voulait plus voir ma g...le si bien que prise de peur parce que dans moins de huit mètres nous serions face à face,- lui longeant la chaussée où des files de voitures pouvaient s'engouffrer de front à tout moment et moi contre la paroi qui soutenait le pont -, j'ai cru bon d'éviter de l'irriter davantage en courant justement me refugier au milieu de la chaussée. Je crois que je pourrais découper ma vie en fonction des fantasmes et cauchemars qui ont servi de fond à mes sommeils et veilles sur des mois, des années. A l'âge d'apprendre à lire, je rêvais toutes les nuits d'une vipère qui me poursuivait jusqu'au fond du couloir de notre appartement. Alerté par ma mère qui souhaitait dormir, mon père venait calmer mes cris dans l'ombre, tenter de me recoucher. A l'âge de passer le bac, mon grand père m'a appris qu'il était inutile de creuser davantage les aspects psychos de mes cours de philo en m'initiant à Freud. Lui-même avait rêvé de 6 ans à 30 ans d'une grande goutte d'eau cherchant à s'écraser à la base de son front. Au moment de le toucher, elle se changeait en poignard. Alors, il se réveillait. Jamais il n'avait su ce que signifiait ce rêve. Mais il avait ressenti un grand apaisement en apprenant qu'en Chine, on acculait les détenus à la folie en leur faisant tomber une seule goutte d'eau au même endroit de la tête: elle ramollissait la peau jusqu'à changer cette portion de crâne en fontanelle et son bruit régulier faisait perdre l'esprit. A mon arrivée à Lyon, j'adoptai une terreur capable de m'armer mentalement contre la grande ville. Il faut dire qu'en ce temps, je lisais San Antonio pour mieux me pénétrer de l'âme de la cité où je venais de m'inscrire en doctorat. Chaque fois que je tentais de prendre la Ficelle, je me prémunissais contre le coutelas qu'un mafieux charcutier pouvait insinuer entre mon dos et le mur où donc, je me collais en attendant la benne, quel que soit le nombre des citoyens présents à la même station.

Mieux valait qu'un bolide vienne me faucher de dos, me tuant sur l'asphalte que de risquer que ce gars me cogne, me secoue sur le trottoir, m'écrase au mur jusqu'à ce que ma g...le s'efface, sans parler des épaules, des coudes, des genoux qui seraient une bouillie avant que quiconque s'avise d'alerter les pompiers...

La salle de concert était vraiment bondée. Assez vite, les gens ont sorti de leurs poches de petites jumelles, de même type que celles que P. tient de sa mère. Ils ont commencé à les faire circuler d'une rangée à l'autre ou de la main à la main, ce qui était l'indice qu'ils se connaissaient bien quoique je ne les aie pas vus se saluer. Pour ma part, au concert, depuis 4 ou 5 ans, j'emporte une grosse loupe ronde et une petite lampe à deux ampoules ( accumulateur solaire rechargeable) pendant au bout d'un porte-clés acheté à Nature et Découverte. Elles me servent à lire le programme pendant l'entracte, à vérifier dans le noir tandis que l'orchestre joue quelque détail du speech sur les solistes, la présentation de l'orchestre invité, le commentaire sur la pièce interprétée. Dans les expos penture, il en va de même, je suis incapable de me pénétrer de la sensorialité de l'œuvre à contempler sans en avoir d'abord absorbé le descriptif verbal en langage articulé rédigé. L'orchestre invité venait de Bâle ( Kammerorchesterbasel), direction Philippe Bach. J'ai beaucoup entendu, je n'ai rien écouté, des lumières scintillaient sur l'ovale de la scène et elles en jaunissaient le sol de bois clair. Comme le disait le programme, il était ou il serait question de boire, de manger, alors qu'on est fauché. 'La Périchole et son amant Piquillo sont des chanteurs de rue sans le sou (...) le vice-roi la fait boire ( ...) Ah! Quel dîner je viens de faire, dit la Périchole."

A l'entracte, j'ai entrepris de repasser -grâce à ma loupe- ce qui venait d'être joué. " Orphée aux Enfers", " La belle Hélène " ( Offenbach), "Faust" ( Gounod), " La belle Hélène"( Offenbach encore). Alors que s'animaient les valses et les mélodies, que résonnaient pour de bon les orchestrations dans ces éblouissantes analyses concises que personne ne signe hélas, les gens debout devant moi s'adressaient à mes voisins de gauche, se retenant de parler de musique, boisson ou nourriture parce qu'ils trouvaient cela sans nul doute grossier. Je m'appliquais soigneusement à ne pas les regarder. Neige à 1100 mètres, marche nordique qui sculpte des muscles divins tels qu'on les distingue sur les réseaux balisés, ski de fond, pas de piste, ce n'est pas la saison ... (?)

L'orchestre revenait. " Les patineurs" ( Waldteufel), " La Périchole" ( Offenbach), ''Tritsch-Tratsch Polka" op.214 ( Johann Strauss Fils), à nouveau "La Périchole" ( Offenbach). Rien que du mousseux, du pétillant, de l'écumant. Tout à la fin, de grosses étoiles métalliques sont tombées du plafond sur les robes noires, les smokings de l'orchestre, des solistes, en concentrant leur tir, m'a-t-il semblé, sur les épaules du chef. Quand les applaudissements ont eu finir de rugir, d'exploser, de claquer, elles jonchaient la scène en découpes dont certaines étaient or, d'autres vertes, peut-être la teinte venait-elle des spots colorés....Un chanteur avait dit quelque chose en suisse allemand qui avait beaucoup fait rire, en tout cas plu autant que la séquence mimée de Jennifer Larmore titubant vers les coulisses dans une feinte de coma éthylique guettant son corps chenu après avoir chanté " grise", "grise"... ( "La mezzo soprano américaine s'est imposée pour la beauté de sa voix autant que pour son talent scénique. Elle excelle dans les rôles coloratures baroques et belcantistes" - page 5 du programme-).

Beaucoup de vêtements dans le public aussi étaient d'un beau noir faisant contraste avec des têtes d'hommes blanches. Dans les escaliers où on faisait queue tout à l'heure pour présenter son billet, les gens plaisantaient en grands rires qui ne donnaient guère envie de faire partie de leurs groupes.

A la sortie Part-Dieu donnant sur les stations de transports en commun et la gare, deux adolescents noirs avaient l'air si désaffectés, désorientés, désemparés. Comme s'ils portaient sur leurs épaules le péché d'avoir la peau de même couleur que ceux qui s'engagent sous le pont où passe le TGV une canette dans la main et des injures non décomptées sur les lèvres. Leurs copines, leur sœurs ou comparses ou simplement voisines de quartier étaient très belles aussi avec leur sourire sage, leurs boucles d'oreille d'argent, serrées toutes deux dans l'angle de chaleur d'une paroi vitrée. Attendaient-elles un simple wagon de tram ou les amoureux qui les emmèneraient réveillonner dans l'appartement marqué de la bonne étoile où faire briller le satin de leur peau foncée?

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