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2014-06-14T07:42:18+02:00

Deuxième conte de Daniela Miscov

Publié par montanié julie

Le deuxième conte inédit de Daniela Miscov a pour titre -' L'express du printemps': -acceleratul de primăvară . En roumain, un train rapide est donc un 'accéléré'- Je le souligne car les trains tiennent aussi leur poésie de leur nationalité. Les amateurs d'anciens films le voient comme une évidence

Les cinéphiles adorent les vieux trains américains. Les hobos, Indiens, cow-boys y sautent de toit en toit de wagons, dans la poussière, en plein vent dans le crépitement des balles, le sifflement des flèches. Qui n'aurait le cœur serré par la chanson 'Freight train'  d'Elisabeth Cotten? La semaine dernière à l'Institut Lumière, un documentaire de Wim Wenders citait les trains d'Ozu: ceux du Japon des années - 50.  On avait envie de voir la rétrospective à seule fin de repérer les plans de wagons, de rails, de locomotives. Ils se sont en fait révélés moins nombreux que les conversations en kimonos sur fond de carreaux noirs, autour d'une table filmée au ras du tatami où une fiole opaque à saké répand ses libations. De quoi avaient l'air les banquettes, les fenêtres, le bruit du Transsibérien à l'époque où Cendrars élaborait son poème? Le Royal Scotsman, l'Orient-Express, le train de luxe pour Venise sont connus par les romans, les pubs d' agences de voyage. Mais le train de la Mûre arrété depuis 2010 à cause d'un éboulement? Il longeait une eau turquoise comme celle des îles de la Sonde ( dans la chanson de Gérard Manset, les romans d'Henry de Monfreid). Voir les gorges du Verdon depuis le train des Pignes qui part de Nice et va jusqu'à Digne, paradis des papillons! ... Le petit jaune de Font-Romeu tranche dans des zones verdoyantes. Vu de la route, il ressemblait il y a vraiment très longtemps à une enfilade de jeeps enchaînées dans un canyon que la pluie peut balayer. On conseillait d'y monter muni d'un gros pull,  d'un imperméable. Le Glacier Express a la beauté d'un camion supersonique :entre avion et caravane futuriste. Des familles en descendent à Chur/ Coire - pour visiter la ville de l'auteure de ' Heidi' - après avoir joué aux dominos en mangeant dans des boîtes de plastique pré- garnies à la maison. Pendant les  sept heures de trajet, on peut regarder le ciel par le toit transparent mais aussi les ponts, les précipices, les sommets, l'été quelques edelweiss sur des collines de steppe qui valent la Mongolie ou même le Massif-Central. A un bout: Saint-Moritz, de l'autre côté: Zermatt. Courchevel est presque aussi bien et on dit que c'est mieux qu'Aspen... En résumé: tout train suisse est un reflet de la bonté, de l'intelligence humaine. Il en va de même pour les horloges du musée de la Chaux-de-Fond, le Tonimalt, le canif à lames multiples et la bouteille thermos rouge avec une croix blanche. Des biens précieux trop mal partagés mais qui se gardent toute une vie, qui se transmettent même....

Le folklore roumain a des chansons tristes où le train joue un rôle affreux. Des textes composés avant la deuxième guerre mondiale. A moins que les folkloristes de l'époque communiste n'aient dû trafiquer les dates de leurs enregistrements.... Ce sont des récits d'accidents. Des millionnaires y prennent feu après l'explosion de la cheminée, suite à un déraillement en rapport avec leur morgue, leur smoking, leur haut-de-forme. Au XIXème siècle, les paysans roumains et ceux des campagnes françaises, ai-je lu - avaient peur des trains. Ils les prenaient pour des monstres créés pour faire la peau à leur classe sociale. Les rumeurs dénonçaient la responsabilité ferroviaire dans la dégradation de la morale et la nature: alcoolisme aux champs, stérilité du bétail. J'ajoute que le grand -père du dramaturge Eugène Ionesco était un ingénieur français venu en Roumanie au XIXème pour contribuer à l'installation du chemin de fer.

Le conte de Daniela Miscov fait converser un hêtre, un escargot, une femelle pinson, une bergeronnette pour commenter le passage annuel d'un express dont la trépidation ébranle la vie des bois. Mieux vaut lire à des enfants ce genre d'éloge du train que de la voiture de sport sauf si on souhaite vanter un prototype à l'éolienne, aux marées, aux panneaux solaires...

L'EXPRESS du PRINTEMPS de Daniela Miscov - traduit du roumain par Hélène Lenz-

Un conteur: Le printemps était de retour. On entendait les oiseaux. Des trilles, fines, longues, rapides se poursuivaient en l'air. Très fier d'inviter, le jeune hêtre hébergeait un couple d'hirondelles venu faire son nid entre ses branches. De l'aube à la nuit, leur musique le rendait heureux. Existait-il un arbre à l'écorce plus blanche, lisse, aux plus longues branches dressées vers le ciel?

Le hêtre: Je sers de maison aux oiseaux. Sans quoi, je m'ennuierais de trop de silence. Que font mes frères sans nid? Rester debout sans entendre un conte, un chant, quel terrible sort!

L'escargot ( somnolant au soleil, collé à sa fine coquille): C'est mal de se vanter, même en pensée!

Le hêtre: Je ne me vante pas, oncle Doru, je me réjouis!

L'escargot: Tu es jeune! Ta joie durera. Un jour, ton feuillage produira une ombre épaisse, tes racines devenues profondes sillonneront la forêt.

Le hêtre: Ma joie est déjà grande. Chacune de mes branches porte un bel oiseau. Leur chant me donne envie de danser.

L'escargot: Tu as besoin de mûrir!

Le conteur: L'escargot se pensait seul à avoir raison parce qu'il était vieux. Croyant tout savoir, il jouait au grand -père sage et de bon conseil, avançant avec lenteur pour mieux transporter sa maison écaillée.

L'escargot: Après le repas de midi, à l'heure du repos, j'aime le silence...

Le hêtre: Moi, j'aime cette vie de joie, de chansons. Tour l'hiver, j'ai attendu le retour des oiseaux voyageurs. Leur chant ne dérange personne. Il apporte le soleil, il fait pousser l'herbe, éclore les fleurs.

L'escargot: Qui te l'a dit?

Le hêtre: La terre! Mes racines reçoivent des infos d'en bas, du lieu où glougloutent les sources. Mmm... Jeune homme, pour t'éviter la vanité, je me suis moqué de toi mais c'est ainsi! La terre garde des secrets, le soleil aussi.

Le conteur: Chacun résumait pour l'autre ce qu'il avait appris. Le hêtre rêvait de la fin avril quand le soir du 21, un miracle se produisit. Il se mit à comprendre la langue des oiseaux comme l'en avait averti sa semence venue de sa mère.

 (Voix de sa mère: Mon fils, quand tu auras dix ans, le 21 avril - date de l'arrivée des derniers oiseaux - tu comprendras leurs propos.)

Le conteur: Le hêtre avait attendu et ce jour venu, l'escargot lui dit que des choses importantes allaient survenir.

Le hêtre: Qu'as-tu appris?

L'escargot: Je viens de sentir une vibration dans le sol.

Le hêtre: Je n'ai rien entendu. Ces oiseaux ont transformé ma tête en calendrier. Est-ce un tremblement de terre?

L'escargot: Non, sûrement un train express.

Le hêtre: Un express? Un monstre?

L'escargot: Un monstre qui avale des hommes pour les transporter ailleurs. Une fois à destination, il les crache avant de repartir.

Le hêtre: Pourquoi?

L'escargot: Parce qu'ils le veulent bien.

Le hêtre: Se faire avaler?

L'escargot: Sans ça, ils ne seraient pas transportés.

Le hêtre: Jamais rien entendu de plus étrange. Que peut-on trouver à ce monstre?

L'escargot: Les hommes aiment se déplacer...

Le hêtre: Moi, j'aime rester toujours au même endroit.

L'escargot: Moi, rester près de toi, grimper sur ton écorce, en descendre, bouger sans aide!

Le hêtre: Tu portes une maison sur ton dos.

L'escargot: Salut! Je vois au loin des feuilles vertes, j'ai faim. La bergeronnette, la femelle pinson vont nous décrire l'apparence du monstre.

Le hêtre: Rien ne presse. J'ai ma journée. Si seulement je savais reconnaître ta bergeronnette, ta femelle pinson. Ces oiseaux sont pareils pour moi. Ils ont des plumes, chantent, volent. Surtout, ils sont minuscules.

Le conteur:  Notre hêtre fit ondoyer ses feuilles dans la lumière pour que le soleil les dore. Ayant avalé du froid tout l'hiver, rabougri, crispé comme un craquelin, il ne rêvait plus que de s'exposer. Mais notre escargot allait lentement, en petit vieux qu'il était. Sa maison branlait comme prête à tomber mais quand même bien accrochée sur son dos. Un vrai rucksack. Yeux fermés le hêtre cherchait du fond de ses anneaux comme dans un dictionnaire de quoi peut avoir l'air une bergeronnette, une femelle pinson. Il devait les découvrir pour leur demander à quoi ressemble un express!

1 - La femelle pinson est petite, brique et cendrée. Son cri est bruyant mais son mâle est bien vêtu. Leurs œufs étant verts, il faut chercher avec soin dans le vert feuillage des œufs verts. Hmmm, j'ai de la chance d'être jeune et d'avoir de si bons yeux.

2- La bergeronnette est plus petite encore. Existe-t-il un oiseau plus minuscule? C'est impossible! IElle pond des œufs blancs tachetés. J'ai compris, c'est simple, la bergeronnette est le plus petit des oiseaux. Juste après la femme pinson. Regarde! L'une très petite, l'autre plus petite encore, elles bavardent ensemble. Maman! Maman! Tchip, tchirip tchip, tchirip, aïe mais je deviens loquace! Mieux vaut les écouter. Ouvrir yeux et oreilles. Qui sait ce qu'elles vont m'apprendre. Je comprends tout ce qu'elles disent. Voilà le miracle dont parlait ma mère.

La femelle pinson: Comment vas-tu, soeur bergeronnette?

La bergeronnette: Pour ce qui est de manger, les insectes sont rares et maigrelets. Toi, qu'as-tu trouvé?

La femelle pinson: Mouches maigres, taons anémiques, rien d'intéressant. As-tu vu le nid des hirondelles?

La bergeronnette: Mais oui, chère amie. Où ont-elles trouvé du matériau si beau, si solide, rien que de la première qualité?

La femelle pinson: Le hêtre a dû leur apprendre des secrets.

Le hêtre ( en aparté): Quelle idée! Des secrets, les filles ?Entrez dans le vif du sujet!!

La bergeronnette: Tes plumes brillent... Comment fais-tu? Qu'as-tu mis?

La femelle pinson:  De l'air, du soleil, de la bonne nourriture. Mon seul secret, c'est de bouger. Je vole ici et plus loin. Et toi, où as-tu pris ces couleurs superbes?

La bergeronnette: Je fais comme toi! Air, soleil, mouvement!

La femelle pinson: Nous ne sommes pas nombreux, cette année!

La bergeronnette: L'hiver a été si froid, si froid. A partir de maintenant, la chaleur va revenir.

La femelle pinson: Sinon nous mourrons de faim. Ce hêtre est vaillant, quelle chance! Il porte tant de feuilles qu'il voit arriver moustiques et mouches! ( ...) A côté du hêtre, il y a des fleurs de mélilot, de la lavande, des tournesols, des pissenlits qui attirent aussi des scarabées.

La bergeronnette: Avec tes enfants, tu te débrouilles? Moi, jen ai trois à nourrir et non juste deux comme toi.

La femelle pinson:  Comment me débrouiller...Les enfants manquent de patience. Ils veulent tout, tout de suite, surtout recevoir la becquée sans se fatiguer! Tout le jour, je glane, je cueille, je cours, je rassemble de quoi les rassasier. Quand ils n'ont plus faim, j'oublie ma fatigue.

La bergeronnette: As-tu entendu le bruit, ce matin?

La femelle pinson: Mes grand-parents me racontaient que c'était le bruit du monstre. Vers le soir, il passera ici.

Le hêtre: Ce soir? Si vite? On m'a parlé de lui. Prépare-toi, accroche-toi bien. Le sol va trembler si fort que tu pourrais être emporté!

La bergeronnette: O Seigneur! Il va passer entre ces arbres!

La femelle pinson: Pas si près! Dans la clairière où des barres de fer sont posées par terre, spécialement posées pour qu'il avance sur elles.

La bergeronnette: Un grand monstre qui avance sur des barres de fer, jamais entendu parler d'une chose pareille. Les hommes ont de ces idées, ma chère!

La femelle pinson: Nous n'aurons affaire ni à des hommes ni à l'express. Mais à un bruit si effroyable qu'il faudra se boucher les oreilles. Un bruit à percer le tympan!

La bergeronnette: Tu fais bien de m'en parler. Je vais prévenir mes enfants pour éviter qu'ils n'aient peur.

La femelle pinson:  De ce pas, je cours faire de même.

La bergeronnette: Un sifflement effroyable. Une trépidation. A faire trembler la terre.

La femelle pinson: Voilà le signal. Il approche.

Le hêtre: Il approche, brrr, mon écorce se hérisse. Oh comme j'ai peur! De toute ma hauteur, j'ai peur!

L'escargot: Mais de quoi as-tu peur?  L'express va et vient. Il ne nous fait aucun mal au contraire de choses qui - grâce à Dieu - ne sont pas admises ici: les usines, les voitures, les avenues! Voilà ce qui nous gâche la vie et traverse notre espace sans se soucier de nous et de comment nous vivons. Voilà ce qui détruit notre herbe, notre eau, notre air. Mais l'express va et vient. En un instant!

 Le hêtre: Les hommes se fichent bien de notre existence.

L'escargot: Tssst. Pas du tout! Ils détruisent tout ce qui est sur leur chemin. Personne ni rien n'en réchappe. Surtout quand ils construisent!

Le hêtre: L'express est meilleur qu'eux! Il bouge et s'en va, sans jamais rester sur place. C'est un bon monstre, à mes yeux!

L'escargot: Avec le bruit qu'il fait, je n'irai pas dire qu'il est bon pour nous. Mais il est rigolo!

Il fait ce bruit-là pour se déplacer, c'est tout.Comme je t'ai dit: ainsi sont les hommes!

Le hêtre: J'ai bien réfléchi. Je suis haut comme un phare et je le verrai le premier. Je le crierai à tout le monde. Une fois prévenus, nos gens n'auront pas peur.

L'escargot: Mon ami, quelle bonne idée!

Le hêtre: Attention, attention, les amis de la forêt!

La femelle pinson: Ecoutez! Le hêtre nous parle!

La bergeronnette:  C'est sûrement au sujet de notre frère l'express! Qu'il vienne puis nous laisse en paix!

Le hêtre: Un gigantesque châssis noir qui arrive à toute vitesse...

L'escargot: Ce n'est pas mon rythme, ahahahaha...

Le hêtre: Plus rapide que le lièvre! Attention, quand il passe, vous devez rester sur place! Il va vite...

L'escargot:  Comme c'est rigolo! Les gens seront aux fenêtres et nous les observerons! Ahahaha...

La bergeronnette: Alors, c'est comme le cirque? Très drôle! Avec tout ce que j'ai à faire!

Le hêtre: Rien que deux minutes! Regardez-le bien!  Laissez vos affaires! Un spectacle unique!

L'escargot: Car l'express du printemps passe juste une fois par an!

Le conteur: Allons, allons les enfants, imitons le train rapide! Bougeons en musique et battons le rythme!

Noire foudre...Long éclair

Porté sur des ailes d'orage,

Il secoue la terre aussi fort que le canon

C'est à peine si l'aube s'y compare...

Comme s'il volait!

Comme s'il nageait...

Il crache le feu, il avale la route

Dans un tourbillon de fumée

Il coupe en longueur toute  la forêt...

Le hêtre: Et voilà qu'il est passé!

La bergeronnette: Que s'est-il produit, ma soeur? Me voilà décoiffée...

La femelle pinson: Petite soeur, c'était le rapide! Ahahaha!

L'escargot:  Distrayant.... Je peux me coucher à présent...

 

 

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2014-06-08T13:06:22+02:00

Un conte écologique de Daniela Miscov

Publié par montanié julie

Après avoir étudié le roumain, l'anglais à l'Université de Bucarest et après avoir enseigné ( littérature, linguistique, pédagogie, folklore), Daniela Miscov a travaillé dans le cadre de la plus grande compagnie théâtrale pour enfants de Roumanie. Elle a fondé aujourd'hui ARTELIERD, PROIECTE PENTRU COPII qui s'occupe d'intégrer l'art à l'éducation. Depuis la naissance de son fils, elle écrit des histoires. Certaines sont lues et mises en scène dans les jardins d'enfants où elle intervient . Elle est titulaire d'un prix attribué en 2010 par un jury international ( award for the early age programme): " 100, 1000, 1 000 000 stories".

Voici un de ses contes écologiques inédits.Cest aussi un micro-drame théâtral. il a été composé à l'occasion de la Journée de la Terre ( Ziua Pàmântului), le 22 /04/2014 - traduction du roumain: Hélène Lenz -.

 

LA PETITE GRENOUILLE de la VILLE VERTE - Daniela Miscov-

Il était une fois une grenouille verte, yeux ronds, ventre jaune, galoches rouges. Elle vivait sur une rive d'étang, dans une fraîche maison de boue parmi les feuilles grasses des fausses renoncules, de la radiaire, de l'ail des ours. Plac, ploc, faisait-elle... C'était le son de ses grandes galoches clopinant sans trêve jusqu'à l'eau et retour... Tout le jour, elle trempait ses pattes dans l'eau sans qu'on la gronde. Davantage, elle ne s'enrhumait jamais! L'oiseau le plus bleu de la forêt qui vivait près d'elle était son meilleur ami: un guêpier d'Europe appelé Bleuet. Ses plumes étaient luisantes, il chantait merveilleusement et s'envolait à perte de vue. Amis depuis un an déjà, ils jouaient ensemble aux couleurs qu'ils combinaient: rouge et vert, jaune et bleu, ainsi de suite. Bien des choses étaient arrivées: des bonnes, des mauvaises depuis qu'ils ne s'étaient vus.

- Bonjour, ma Verdelette!

-Bonjour, mon Bleuet! Comment vas-tu?

-Pas mal mais je veux partir!

-Toi?

-Verdelette, il ne faut plus rester! Tu pars aussi?

-Que faire d'autre? Pour construire cette usine qui fume, les gens ont asséché l'étang. Là où je me baignais, plongeais, nageais, m'enfonçais sous l'eau, mangeais, la fumée sort, il n'y a plus d'eau, je suffoque. Les yeux me brûlent, je tousse, j'ai la langue sèche.

- Ils ont fait la même chose à la forêt. Ils l'ont coupée. J'ai du mal à trouver ma nourriture, il me faut voler loin... C'est dur. Le soleil brûle, je n'ai plus d'ombre que sous cet arbre. Si mon nid n'y était, j'aurais fui depuis longtemps. Mais à présent, je n'y tiens plus...

- Sans eau, moi je suffoque. Heureusement, j'ai la rosée. Elle me donne un peu d'humidité: je peux boire. Je t'accompagne. Qui sait? Nous trouverons peut-être un bel endroit vert.

-Verdelette, partons faire des provisions! On se retrouvera plus tard.

Bleuet s'envola pour aller se perdre dans le bleu du ciel. La grenouille partit à son tour, blong, blong, blong à la recherche d'un œil d'eau où se rafraîchir. Elle avait à présent la peau si sèche qu'elle fut saisie de vertige: impossible de respirer. Soudain, elle vit quelque chose. Un chatoiement argenté: celui d'un petit étang. Minuscule mais excellent! Sans émettre un son, elle se mit à l'affût. Ch,ch, ch... Une mouche surgit à la surface, zzzzzummmmm, étourdie de bonheur comme ceux qui oublient le danger.

-Lalalala! Je vole, je vole, je me sens légère, légère!

La longue langue de la grenouille s'étira, saisit la mouche d'un coup, l'avala. Slup, chiup, chiup...

- Quel bon petit déjeuner! Mais trop léger, il me faut un supplément! Il m'a tout juste ouvert l'appétit!

Comme elle se tenait assise sur le rivage, un gros hanneton bien rond surgit. Il vrombissait en se balançant.

- Bz, bz, je suis obèse!

Sans mot dire, la grenouille invisible sous les feuilles vertes ouvrit la bouche pour mieux tirer sa longue langue collante et hop! l'avala.

- Slup, chiup, chiup.

- Crantch, mantch! Bon sandwich! A présent, il me faut une salade!

Aussi verte que les feuilles, elle s'y dissimula. Qui eût cru qu'une grenouille s'y cachait? Elle vit alors sautiller, se dandiner une créature à longues pattes. La grenouille fut si étonnée qu'elle se crut prête à parler! Mais c'est en pensée, dans un murmure qu'elle se dit. Comme elle saute! Plus haut que moi. Qu'elle est verte! Une sauterelle! Quelle bonne salade en vue! Hop en haut, hop en bas, crépitait la sauterelle. Alors la grenouille ouvrit la bouche toute grande, étira sa longue langue et voilà que la sauterelle s'y colla, fut emportée.

- Me voilà joliment rassasiée! Quel déjeuner! Quel souper, même!

Assise sur sa large feuille de bardane, elle vit un papillon. Comment l'attraper? Elle entendit alors Bleuet dire:

- Si tu avales ce papillon, je me fâcherai.

- Si c'est ton ami, je ne le mangerai pas même si j'en rêve!

- C'est mon ami! Il est utile, il prend soin des fleurs. On y va?

- Allons y. Préparez-vous! Start.

ils se mirent en route, s'engagèrent doucement sur le chemin. Bleuet volait haut, Verdelette clopinait bas. Le soleil brûlait.

-Tchip, tchirip, qu'il fait chaud!

- Oac, comme je cuis!

Soudain, ils perçurent un son. Pst, pst.

- Tu entends?

- J'ai entendu!

- Qui ca peut il être ?

- C'est moi, Popic! Je tombe, je me relève, je suis Popic le hamster? M'emmenez-vous?

- As-tu de bonnes intentions?

- Trouver à manger! Cette usine est une catastrophe. Je suffoque!

-Toi ?

- Tu veux que je te montre? Kakaka, je n'en peux plus...

- Viens donc, que sais-tu faire?

- Je m'y connais en provisions. Je les installe dans les coins, les recoins, j'en fais des tas, je les aligne, j'en fais des couches, je les empaquette, les emballe par deux, par trois, par quatre, par cinq ... Ordre et discipline...

- Que manges-tu? Des graines?

- Graines, plantes, céréales, des trucs comme ça. Rien de ce que vous mangez.

- Correct. Nous ne mangeons pas ce que tu manges, tu ne manges pas ce que nous mangeons. N'étant pas ennemis, nous pouvons devenir amis. Viens avec nous, Popic!

- Verdelette, Bleuet, vous n'aurez pas de regrets.

Ils prirent la route. Tchip, tchirip, clop, clop! Sur le tard ils s'arrêtèrent car la nuit arrivait.

( Bleuet):

- Je vois quelque chose, quelque chose de jamais vu!

( Verdelette):

- Quoi? Je veux voir aussi!

( Le hamster):

- Dis nous ce que c'est! On meurt d'impatience!

( Bleuet):

-Comme un étang avec des blocs, des routes, des réverbères et du vert, du vert... Tout est posé sur du vert...

( Le hamster):

-C'est une ville verte. Comme nous y serons bien! Fait-elle de la fumée?

( Bleuet):

- Je n'en vois pas! Je vois des arbres, des étangs et des étangs dont l'étendue d'eau est vaste et beaucoup de champs autour. Il y a de tout. Pour tout le monde!

( Verdelette):

- Mais on n'entend aucun bruit! Or les hommes sont bruyants!

( Le hamster):

Pas ici! En ville verte, les hommes roulent à bicyclette, sans bruit. Les usines ne font pas de fumée: leurs moteurs aussi sont verts.

( Verdelette):

- Restons, les amis! L'endroit est plaisant. Ensemble, nous venons de découvrir un lieu aussi beau que bon!

( Le hamster):

- Je dois faire provision d'une foule de graines, de pavot, d'orge, de segle, de maïs, de....

( Bleuet):

-Moi, je vais me construire un grand nid avec cuisine, salle à manger, salle de bains, chambre à coucher. J'y trouverai de l'ombre où recevoir mes amis et mes amies à l'heure du thé...

Rassemblant leurs forces pour se diriger ensemble vers la ville verte, après avoir marché encore, les trois compagnons sont arrivés.

- Je vais flotter à loisir, je me construirai un radeau, je plongerai tout au fond...je m'enfoncerai dans la boue qui me rafraîchira tant...

Verdelette était heureuse. Il ne lui arrivait que du bien...

 

 

 

 

 

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