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2014-10-29T11:10:25+01:00

Excès de pourboire

Publié par montanié julie

Cette semaine, l'Institut Lumière à Lyon projette trois films de Frank Capra. Le fascicule en couleurs présente l'œuvre en trois lignes. " Le cinéma humaniste, drôle et émouvant de l'un des grands cinéastes de l'âge d'or hollywoodien."

" L'extravagant Mr. Deeds" ( 1936, 1 h 55) raconte l'histoire d'un héritier décidé à résorber le chômage autour de lui en faisant don de son immense fortune à des centaines, voire des milliers de demandeurs d'emploi piétinant dans les rues de New-York à la recherche d'un job, d'une main tendue, d'une occupation capable de nourrir leur famille. Comme Mr Deeds conçoit la brillante idée de diviser son capital en parcelles qu'il équipera de machines et outils prêtés pour trois ans à ces agriculteurs improvisés transformés en propriétaires au bout de ce délai s'ils persistent, son inspiration se voit lestée par l'entourage d'une prétention théorique qualifiable aussi de projet social, d'utopie, qui sait?

On le déclare fou, on le met en prison, ce qui va permettre à d'autres prétendants à l'héritage d'user de l'argent de manière conventionnelle, c'est-à-dire vaine et égoïste. Sûrement caviar, champagne, croisières, garden-parties snobs et écoles chères promouvant des golden-children sans cœur, sans idées, sans esprit pratique.

Finalement, tout s'arrange, l'amante de Mr. Deeds, une intrigante qui a joué un rôle majeur dans son incarcération confesse son ignominie face à un tribunal. Lequel ovationne Gary Cooper en pleine jeunesse ( Mr. Deeds) en le déclarant plus sain mentalement que quiconque dans cette salle. J'ai oublié ce qu'il advient de l'argent hérité, des chômeurs déguenillés devant la salle où Mr Deeds a eu l'idée de leur faire servir un repas chaud avant de se voir placé derrière des barreaux.

Mais j'ai bien noté hier soir que l'héroïne de "Amour défendu" ( 1932, 1h28) a déchiré le testament manuscrit du richissime amant à peine décédé qui lui léguait la moitié de sa fortune. Pour la dédommager des vingt ans de vie perdue dans l'ombre, en back-street girl dont la fille est élevée en château par l'épouse légitime de l'amant devenu sénateur grâce à son sacrifice. Elle continuera de marcher seule dans le brouillard. Avant de remonter dans le deux-pièces sans lumière où elle élevait sa fille quand son séducteur l'a retrouvée pour son malheur, vingt ans auparavant. Peut-être va- t-elle prendre plus de vingt gouttes de laudanum pour cesser de souffrir. Pareille à la victime de Dante Gabriel Rosetti dans " Autumn" de Philippe Delerm qui a perdu aussi un enfant mais à sa naissance et jusqu'à la beauté qui lui a permis de servir de modèle à un peintre... Encore une biographie fantastique... Je recommande aussi " Shirley, un voyage dans la peinture de Edward Hopper" de Gustav Deutsch, projeté en ce moment. Une très bonne idée quoique le film soit triste comme le peintre. Ou la femme lui servant de modèle.

Dans un bouquin sur le comportement mondain de Proust dont j'ai oublié le titre mais non la forme - c'était un recueil d'articles ou de témoignages -, on insistait sur ses pourboires exagérés. Source de malaise chez ceux qui les recevaient? Ce livre me fascinait d'autant plus que je n'étais pas autorisée à recevoir un sou d'argent de poche. Il en irait ainsi jusqu'à mes dix -huit ans. Quelque part dans ses souvenirs, Cioran raconte qu'il voyageait dans un train en Espagne, après la deuxième guerre mondiale, quand une fillette dont il ne précise pas l'âge s'est mise à danser pour se dégourdir les jambes. S'est-il imaginé avoir affaire à une apprentie danseuse flamenco? Raconte-t-il aussi qu'il lui a jeté une poignée de monnaie qu'elle lui a renvoyé à la figure? Ou l'ai-je imaginé? L'enfant a -t-elle été punie en sa présence d'avoir osé bouger dans un compartiment où garder l'immobilité, le silence en présence d'un homme? Il termine son anecdote en disant à peu près qu'il a fait preuve en cette circonstance d'une absence de tact impardonnable. Je n'ai pas pu m'empêcher de penser que c'était une phrase typique de grand mélancolique sans doute mais aussi de Narcisse s'apprêtant d'une manière ou d'une autre à recommencer.

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