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2017-05-06T13:10:55+02:00

Recyclage catalan

Publié par montanié julie

Au Parc Guëll, à Barcelone, les incrustations de céramique dans les encorbellements qui soulignent les terrasses sont présentées comme la première réalisation d'art abstrait. Leurs effets décoratifs sont le résultat d'une fantaisie collective. Quelqu'un - l'architecte?-  avait acheté une ou plusieurs tonnes de vaisselle cassée. Les maçons à l'oeuvre dans les jardins ont joué à les disposer dans le mortier ou la chaux et la fresque a commencé.

Ces bords de terrasses sont aussi des bancs. Ils ondulent au-dessus de la ville. Ils sont blancs. Ils sont ornés d'éventails noirs et grèges, de mini-rosaces bleu-marine et bleu pastel. On en voit des fragments partout, sur des cartes postales, dans des guides de voyages, des brochures, des calendriers. Ils figurent dans les pages en papier glacé, les feuillets intercalaires de "Gaudi, la vie d'un visionnaire" de Joan Castellar-Gassol, traduit du catalan par Anne-Sophie Heisel, "Editions de 1984", Barcelona (neuvième édition 2015). Dont la figure II précise: "Un coin du Parc Guëll" et la figure III: "Bancs du Parc décorés avec des carreaux de faïence cassés."

Le dernier chapitre d'un petit livre trouvé sur un rayonnage de kiosque presse à Roissy évoque une histoire actuelle de recyclage. Aussi sombre que les bancs du Parc Guëll sont clairs, elle a pourtant été médiatisée. "Les Catalans", essai  de Henry de Laguérie, HD Ateliers Henry Dougier  - fondateur des éditions " Autrement"- , Boulogne Billancourt, 2014 s'achève donc sur "Les ferrailleurs africains du Poble Nou".  Entre 2011 et 2013, 300 immigrés vivaient à Ca l'Africa, dans une usine désaffectée du Poble Nou, ancien quartier industriel de Barcelone "autrefois surnommé le Manchester castalan". Un Sénégalais arrivé légalement en avion à Barcelone en 1995, Kheraba Drame, devient en 2008 le premier ferrailleur du Poble Nou. Jusqu'à cette date, il avait fait tous les métiers: barman, déménageur, chauffeur de taxi, ouvrier du bâtiment, employé de magasin. Il a appris l'espagnol et le catalan. Avec des compatriotes, il crée une économie parallèle dans un quartier en voie de reconversion, où la mairie envisage d'installer de nouvelles technologies. Avant le démantèlement de Ca l'Africa, 800 personnes y auraient travaillé quotidiennement. Le recyclage évoqué ressemble à celui qui se pratique aujourd'hui institutionnellement ou presque, en France. Réparation d'appareils électro-ménagers à partir de déchets, ramassage de textiles et envoi en Afrique de tout ce qui peut être réutilisé après n'avoir pas trouvé preneur sur place. Organisées en coopératives, une quinzaine de camionnettes faisaient le trajet entre Barcelone et l'Afrique six fois par an. Transport par bateau entre la Catalogne et Tanger. Puis la route à partir du Maroc, jusqu'en Afrique subsaharienne. Ces chatarreros africains sont présentés comme souvent diplômés. Ils ont été professeurs, ingénieurs ou juristes. Sans avoir réussi en Europe, ils ne peuvent revenir en Afrique où "l'opprobre" les attend. Un projet d'art contemporain, intitulé "25 %" (taux de chômage en Catalogne)  a été présenté en 2013 à la Biennale de Venise. Il filmait et photographiait le ferrailleur créateur d'association d'entraide et sept autres sans emploi parlant de leur quotidien. "L'oeuvre d'art" a été soutenue par l'Institut Ramon Llull. Les dernières lignes du livre évoquent le projet de retour de Kheraba Drame au Sénégal, "quand il le pourra" et son amertume.

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