Hier, rien, sauf deux -trois personnes qui s'ennuyaient à l'intérieur et commentaient sur les bancs l'absence de son et d'instrument.
Aujourd'hui, un piano droit dont la jaquette inexistante révélait une petite usine à marteaux, touches et feutres, rectiligne, compliquée. Dix personnes autour, à commenter le travail de celui qui s'affairait, tournevis en main, ou peut être molette à visser des écrous, avec le ton rogue servant à montrer qu'on est bien français dans les films français... Sûrement un spectateur lui avait posé une question imbécile...
C'est là qu'on est bien content. e de trouver le soir Bertrand Tavernier, parlant sur Arte TV , dans "La vie et rien d'autre" (33 mn), dans "La brume électrique" (31 mn) de la nécessité de construire un film évoquant un métier sur un lexique précis, spécialisé, celui de cette activité, pour qu'il en sorte non pas une cabane de guingois mais une vraie maison, aux fondations solides. Il citait John Ford qui s'y est pris ainsi pour produire des chefs- d'oeuvres .
Une demi-heure plus tard, des sons bien articulés émanaient du kiosque Gandhi, domptaient l'attention des gens assis sur les bancs à regarder l'eau étale: un pédalo turquoise avançait vers notre rive.
L'instrument à queue de l'année dernière (Association "Le piano d'or") est sans doute trop luxueux pour revenir aux quatre vents et leurs émanations humides. D'ailleurs, avant de jouer, les pianistes se plaignaient de ses touches désaccordées.
Si le piano de ce matin conserve sa position, ceux qui en jouent feront face au lac au lieu de lui tourner le dos..
Des pissenlits aux crocus, aux narcisses, aux jonquilles, aux tulipes, aux genêts, les fleurs de la Tête d'Or sont jaunes à présent, jaune fluo, jaune orangé, citron, soleil brûlé. Les magnolias ont des fleurs raides comme des coquilles sculptées. Tavernier parlait aussi dans "La vie et rien d'autre" de sculpture industrielle, de l'époque où on s'est mis à produire de la sculpture à partir de moulages.
Toutes les chaînes françaises diffusent du Tavernier. Dire qu'hier j'ai regardé "Marie Curie et la lumière bleue" -à ne pas recommander malgré ses beaux intérieurs, ses jolies vues de jardin- plutôt que "La princesse de Montpensier" même pas vu à Lumière il y a une quinzaine d'années lors de la rétrospective, en présence de l'auteur - si ma mémoire est bonne- au moins en ouverture. J'avais pourtant suivi presque tout le reste, un sacré paquet.
"Le progrès", "Libé", " L'Humanité", "Le Figaro" d'hier parlaient de Bertrand Tavernier. Pas eu le temps de tout lire. Il faut bien mourir un jour, peut-être le mieux est-il de se laisser enterrer par une journée de soleil, comme il dit dans "La vie et rien d'autre"... La mort de Bertrand Tavernier est une chose aussi triste que celle de Raymond Chirat.
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